Maître Éleveur : découvrez l’élevage de Philippe Sinquin

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Direction le Finistère pour l’élevage qui nous intéresse aujourd’hui. A Locunduff, à 20 km de la mer, Philippe Sinquin mène seul un troupeau de 53 Prim’holstein. Sa vision du métier a toujours été claire, à la fois axée sur un système simple pour une maitrise économique forte et avec le moins de compromis possible pour sa vie de famille. Ces fondations seines l’ont certainement menées sans le savoir vers le titre de Maitre Eleveur.

L’élevage géré par M. Sinquin lui vient de ses parents. D’abord aide familiale pendant 4 ans, il s’associe avec eux 5 ans de plus, avant de reprendre seul l’exploitation en 1994. A contre-courant, il fait alors le choix de lâcher 40 ha de terres sans références laitières (sur les 90 ha). Le troupeau de 40-45 vaches (360 000 l) grandit petit à petit au fil des octrois de la PAC, de l’UE et de la laiterie, produisant désormais 500 000 l.

Cet accroissement, il ne le fait pas au détriment de sa vie familiale. Son installation a toujours été conditionnée au fait de trouver une compagne et un équilibre pro/famille. « Ma femme est professeure des écoles et n’intervient pas sur l’exploitation. Je me devais de trouver du temps pour elle, autrement elle aurait subi la contrainte de mon travail. Je me suis toujours arrangé pour prendre des vacances 2 fois par an. J’estimais que j’y avais droit et qu’il nous le fallait pour notre vie de famille. Vivre sur place à la ferme m’a aussi permis de voir mes enfants autant que possible. Une fille, puis deux garçons, c’était eux ma ligne de conduite. »

L’exploitation en quelques chiffres

Superficie totale : 60 ha, dont 17 ha de prairies naturelles ne pouvant être que en herbe.

Equipement : salle de traite épis 2×6 aménagée

Le troupeau : 55 vl

Principales distinctions :

  •  » En 2009 j’ai eu le sabot d’or avec réussir lait, la remise s’était tenue au salon de l’agriculture. Ce prix récompensait le binôme élevage-conseiller lait. « 
  • 2017 : TOP 100 , 77 ème en NG : 85.8
  • 2018 :TOP 100 lait/jour  de vie 38 ème (13,8 litres) et TOP 100 NG 42ème  avec note de 86.3
  • 2019 : TOP 100 NG 44 ème TOP
  • 1 Grande laitière en 2010, 2011, 2012,2014 et 2015

Autant traire de belles vaches

Philippe Sinquin est bien évidemment un homme passionné de ses vaches et passionné de génétique. Dombinator, Hondo aero, Tips, Lonnard, sont autant de noms qu’il glissait très jeune à l’oreille de ses parents ; eux intéressés par les performances laitières. Puis, son regard s’est tourné vers les taureaux nord-américains.

Aujourd’hui, il élève 30 à 35 génisses chaque année, toutes en race pure, sans utiliser de semences sexées. Il préfère tout élever et voir comment chaque vache évolue après vêlage. Pedigree et son profil de vache bien en tête lui permettent de statuer sur la vente des fraîches vêlées (15 à 20 par an). « Comme j’ai toujours dit, tant qu’à avoir la contrainte du métier, autant traire de belles vaches. Je recherche un type de vaches qui me plait. Puis, la quantité de lait, les taux (31 de TP en moyenne sur la 1ère lactation)… J’ai toujours recherché un troupeau sain, sans pénalité. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà eu des soucis de cellules dans ma carrière. » Pour cela, Philippe Sinquin recherche des taureaux positifs en lait (+800 kg), avec des taux et de la MU (+100).

Recherche constante de maitrise économique

M. Sinquin arrive au terme d’une carrière bien remplie. Au fil du temps, il s’est construit un troupeau solide, adapté au fait d’être seul. Il y a consacré toute son attention, préférant sous-traiter les labours, semis et fumier.

Ce temps disponible, il l’a mis au profit d’une recherche de performance économique de son troupeau : coût alimentaire, soin des animaux, longévité… « Je fais 9200 l vendus en lait avec un cout alimentaire élevage de 70 € en moyenne (85€ depuis le passage en lait livraison sans OGM). J’ai toujours voulu rester maitre de mon système, et pas dépendant des autres. 500 000 l à mon avis c’est la bonne dimension lorsqu’on est seul, au-delà on devient esclave de sa structure ».

Alimentation en détails

Les toutes jeunes génisses (0-2 mois) sont élevées au lait entier. Elles en reçoivent.3 l matin et soir, puis seulement 1 fois par jour la semaine avant sevrage. En complément eau, paille et concentré (jusqu’à 3 kg/jour) et 2 kg d’aliment consommé. A partir de 1 mois et demi, elles reçoivent 1 fond de maïs. Toutes les génisses sont mesurées au poitrail, avec pour objectif un sevrage à 90 kg

Entre 2 et 6 mois, leur alimentation est composée de maïs (max 10 kg brut), avec 2 kg d’aliment deuxième âge et paille.

A partir de 6 mois, voire 1 an, et jusqu’à 26 mois, les génisses sont soit mises à l’herbe, soit ont accès à l’ensilage d’herbe à volonté avec un objectif de 15% MAT. Suivant la qualité nutritionnelle, la ration peut être complémentée avec du soja. Les vaches quant à elles pâturent 9 mois de l’année. Les mois d’hiver, ou par mauvais temps, la ration est composée d’ensilage herbe et de maïs. « Petite particularité, mes vaches sont nourries en auge sur roues. Les vaches peuvent ainsi passer tout autour de l’auge ; ça me permet de mieux maitriser les quantités, et de limiter les pertes. »

Conseil aux jeunes éleveurs

Il s’apprête à transmettre son exploitation à deux jeunes voisins motivés. Quelques animaux suivront cette nouvelle aventure. « Je conseille aux jeunes éleveurs de demain de bien se renseigner avant de se lancer dans un système. Avoir une ligne de conduite claire et être au clair avec ses choix, si tenté qu’ils soient cohérents. Il est essentiel d’aller au bout de ses idées. Ensuite, patience… C’est seulement après 4 à 5 ans qu’on peut vraiment vérifier si son système est performant… Mais avant cela, il ne faut pas faire la girouette ! »