Maître Éleveur : découvrez l’élevage de l’EARL Nicolo

L’an passé, c’est avec 3 vaches en 5ème lactation et plus que se présentait l’Earl Nicolo sur le ring du Concours Général Agricole. L’élevage morbihannais est avant tout une ferme qui se veut simple, et qui, comme l’Earl des Belles Holstein a réussi à se reconstruire suite à l’ESB en 2000. Dorénavant proches de la retraite, voici un coup de projecteur sur cet élevage « complet ».
Passionné depuis tout jeune par les belles vaches, Didier Nicolo empoche son BTS PA à La Touche (2ème promo). Après 1 an d’aide familiale, il prend alors la suite de ses parents en 1985, rejoint 4 ans plus tard par son épouse. Ensemble, ils gèrent aujourd’hui un troupeau de 65 VL, 100% Prim’holstein, produisant 550 000 litres chaque année.
Dans sa façon de fonctionner, Didier Nicolo préfère octroyer du temps. « Je ne veux pas des vaches à 10 000 en première lactation, mais plutôt autour de 7000 à 7500 litres ». Plus de la moitié des vaches sont en 3ème lactation et plus.
Les départs sont gérés au cas par cas pour remédier aux problèmes de fertilité et de mammites. Chaque année, la majorité des vaches sont vendues en lait et principalement en Espagne, puisque toutes les génisses sont élevées. L’utilisation de semence sexée est privilégiée. Les taureaux sont retenus surtout sur les critères de mamelle (hauteur et largeur de pis), TP, fertilité, cellules, tout en évitant les bassins renversés, et ce en restant ouverts à tous les fournisseurs.
Le couple Nicolo part prochainement à la retraire, les enfants ont d’autres projets bien à eux, l’espoir de trouver un repreneur est toujours là. Le temps n’est donc pas aux investissements, d’autant que pour le matériel, Didier s’est toujours tourné vers le collectif pour s’équiper. « Tout est géré en Cuma, car j’ai préféré mettre mon argent ailleurs. »
- Races sur l’exploitation : 100% holstein
- Nb de vaches laitières : 65 VL, en aire paillée.
- Quantité produite : 550 000 l
- Équipement en salle de traite : TPA 1×10
- Nb génisses élevées : 85 génisses (40/an)
- Âge moyen au vêlage : 26/27 mois
- Superficie et répartition (cultures, etc.) : 65 ha SAU, 20 de mais 20 céréales et 25 herbes. Les vaches pâturent de mi-mars à fin octobre.
- Alimentation des génisses : paille et 4 kg de concentré l’hiver, à l’herbe le reste du temps.
- Alimentation des vaches laitières :
- Ration hivernale : 16kg de matière sèche de maïs, 3kg de soja, enrubannage à volonté, 200g de minéraux, 100g de calcimer et 50 de sel.
- Ration printemps / été : 5kg de matière sèche de maïs, 1kg de soja, 3 à 4kg d’aliments à base de céréales.
- Alimentation des vaches taries : 1 ration spéciale BACA (Bilan Alimentaire Cations-Anions) négatif, 5kg de matière sèche de maïs, 1,5kg de soja, 150kg de minéral tarie et 100g de chlorure de magnésium.
« Grâce à ces rations, les vaches élevées sont en bonne santé. Elles ne font pas d’œdèmes mammaires, pas de fièvre de lait et permettent des vêlages fluides. »
Repartir sur la route
Son frère de 10 ans son ainé était un passionné de génétique. Le virus de belles vaches, c’est avec Jean-Luc Leroc , un conseiller laitier local qu’il l’a attrapé : « il faisait en sorte d’emmener toutes les bonnes vaches de la commune sur paris dans les années 80. Il s’occupait d’organiser une tournée de ramassage et s’occupait du camion. »
S’il a pu sortir en exposition depuis 2006, Didier n’a pas de mal à dire que c’est en bonne partie grâce aux ressorts trouvés dans d’autres élevages. Car le prion a eu raison de la génétique maison. « Le plus gros coup dur que nous avons vécu c’est l’ESB en 2000. Je l’ai détecté en observant une de mes vaches que je trouvais changée. Un jour, elle m’a donné un coup de pied dans la poitrine. Tout le monde me disait que je me tracassais pour rien, mais je sentais que ça n’allait pas. Elle avait l’œil mauvais. Alors, j’ai fait venir le véto, sceptique lui aussi. Lorsqu’il a voulu lui donner un traitement, il s’est fait lui aussi surprendre par son comportement. Dans mon désarroi, j’ai quand même eu la « chance » de pouvoir cheminer moi-même… J’ai eu le temps de me faire à l’idée. Le jour où ils sont passés emmener les vaches, j’étais sur la route pour trouver des vaches. 3 semaines plus tard on était repartis. »
La morphologie
Il poursuit, « c’est à ce moment que j’ai décidé de changer de façon de sélectionner. Avant, je jouais un coup l’index, un coup la morphologie. Parmi les vaches que j’ai achetées, il y avait Ondine (Eroyal) qui venait de la élevage ROSEC de Saint Vougay, dans le Finistère. Je cherchais des vaches avec 4 à 5 générations EX dans le pedigree. Un éleveur sur mon secteur avait acheté des vaches là-bas et m’avait conseillé de m’y rendre. Cette vache, je l’ai repérée au fond de la stabulation. L’avant de la mamelle était tellement fondu dans le corps, on aurait dit une génisse. De cette vache, est née THEROYALE (Jesther sur Eroyal) »
Cette Jesther par Eroyal a eu son heure de gloire dans le département, mais surtout s’est imposée comme matriarche dans le troupeau. Elle compose encore actuellement 40% de l’effectif total. En 2007, c’est avec l’une de ses filles qu’elle décroche le prix couple mère-fille au départemental : Alize EX93. Cette dernière vendue en Suisse, avait remporté le prix de championnat adulte au régional en 2012, puis sa section au national de Fougères (2014). Ces descendantes Hispania (EX92), Macumba (EX93) et Naiade (EX94) continuent de transmettre les qualités morphologiques dans le troupeau. Nicolo Naiade (Detour Ron), ainsi que Nicolo Lausanne (Mc Cutchen EX95) faisaient partie des 3 vaches présentes lors du CGA à Paris en 2025. La troisième étant Nicolo Nigeria (Control JK EX93), issue de la seconde famille la plus populaire dans le troupeau : la souche Juliana (Lindy), également EX sur plusieurs générations. Elle est issue d’un embryon de l’élevage de Jean-Yves Gallais, en Ille-et-Vilaine.
Cypripede
Il était l’un des taureaux en vue de son époque sur la zone Gènes Diffusion dans les années 2011/2012. Cypripede (Bolton x Shottle x Jocko), totalise aujourd’hui plus de 46000 filles nées en France. « A l’origine, sa mère avait été achetée à un élevage du Morbihan (Le Goueller de Persquen) qui avait accepté de me vendre une dizaine de bonnes vaches du troupeau. Parmi celles-ci, il y a avait une fille de CORKY, choisi parmi 3 pleines sœur (souche à index), qui donnera Cypripede. »
Quelques mots pour finir
Sans en trahir l’esprit, la rédaction de ces quelques lignes nécessite de remodeler questions et réponses tenues lors de notre conversation avec chacun des Maitres Eleveurs. Vous ne le savez pas, mais parmi les questions posées lors de nos échanges, nous avions demandé à chacun d’entre eux, en vue de la remise des prix au Lycée Agricole La Touche, de nous donner un message, un conseil, tiré de leur expérience, à faire passer aux jeunes générations. Nous vous livrons ici celui de l’Earl Nicolo : « Gardez des systèmes légers. Ne vous embarquez pas systématiquement dans des troupeaux de 100 à 150 vaches, comme on voit ailleurs. Il y a moyen de vivre dans des systèmes plus petits, sans robot. Attention, je n’ai rien contre les robots en soit, mais l’acquisition matériel poussera toujours à en faire plus pour le rentabiliser. Enfin, restez maitre chez vous et gardez-vous de ne pas vous faire influencer tout le temps par les gens qui nous vendent des choses trop compliquées. Des vaches avec une ration simple ça marche très bien. »
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