Maître Éleveur : découvrez l’élevage de Goutte Belin

Voilà 5-6 ans, nous vous avions fait découvrir dans notre PH Magazine l’Earl de Goutte Belin, à l’occasion d’un partenariat avec la société Philicot. A cette époque, rien ne laissait présager que cette « petite ferme » aurait un jour un nouvel article dans nos colonnes… jusqu’au jour où, sous le regard d’une récompense exceptionnelle : des productions longues, de la matière utile, des hauts pointages, des éleveurs passionnés… la « petite ferme » change de dimension et l’occasion se présente à nouveau de mettre en lumière le travail de toute une vie.
L’aventure pour Jean-Paul et Chantal Vernet commence en 1993. Fils et fille d’éleveurs laitiers, leur union rapproche les deux fermes familiales. Suite au départ de leurs parents respectifs, Chantal rejoint Jean-Paul en tant que collaboratrice. Ils démarrent alors avec un quota de 150 000 litres, pour 20 vaches. « Les débuts n’ont pas été simples, on a démarré avec 10 vaches attachées dans l’étable. Il n’y avait rien. On a du tout installer en 1993. Puis petit à petit, d’autres bâtiments sont venus. », résume Jean-Paul. Il leur faudra attendre 9 ans de plus, avec l’installation de Chantal et la création de l’Earl, pour obtenir 80 000 litres de plus, « jusque-là dans le département de la Loire on n’a pas pu évoluer pendant des années ».
Exploitation laitière :
- Races sur l’exploitation : 100% holstein
- Nb de vaches laitières : 30 Prim’holstein
- Quantité produite : 340 000 litres livrés
- Equipement en salle de traite : salle 2×3 épis
- Nb génisses élevées chaque année : 12 à 15 génisses (pas de doses sexées, tout en races pures)
- Age moyen au vêlage : 24 mois
Nature et passion
De la patience, de la passion, et de la motivation, la famille Vernet n’en manque pas ! Sur le parcours de toute une vie, il y a plusieurs types de péripéties. On oserait regrouper celles de l’Earl en 2 familles : celles que Dame nature met sur notre chemin, et qu’il faut bien accepter par la force des choses ; et celles que l’Homme décide de se construire pour forger son histoire au gré de sa passion.
Côté nature, l’élevage a dû faire face dernièrement à l’impact de la FCO en 2023 et 2024, comme un certain nombre d’élevages dans la zone. Un épisode récent de 12 mammites en 1 week-end, du fait d’une défaillance de vide sur la machine à traire, génère encore des sueurs froides aux propriétaires. Mais le fait le plus marquant remonte au lendemain de Noël en 1999, lorsque Lothar et Martin, pour ceux qui s’en souviennent, ont marqué durement leur passage… « La tempête du siècle a arraché tout le bâtiment des vaches laitières. On a dû mettre toutes les génisses dehors pour abriter toutes les vaches dans le bâtiment génisses… » Pour ne rien gâcher, « il faisait un froid de chien ! », se souvient Jean-Paul. Heureusement, plus de peur que de mal pour les vaches, mais « ça a duré quelque temps avant de tout remettre en route. »
Côté passion, l’objectif de l’élevage a toujours été d’élever toutes les génisses. « Comme je dis souvent, on ne fait pas forcément la meilleure génisse avec la meilleure vache et le meilleur taureau du monde. » Alors, à force de travail et de sélection, la ferme peut aujourd’hui se targuer d’être régulièrement dans les meilleurs élevages de France en note globale : 8 EX et 13 TB composent à ce jour l’effectif des 30 vaches en lactation. La majorité des meilleures vaches pointées provient de RIQUITA (Tesk Best, EX92), une famille à la constance morphologique remarquable, empilant TB et EX sur plusieurs générations et qui compose actuellement plus de 60% du troupeau. A l’origine de cette famille, IMAGE, une vache achetée au début des années 70 au Gaec de la Chalamelle (élevage pionnier dans le département).
Les ambassadrices
Les autres icônes de l’élevage nous maintiennent au début des années 2000. La première d’entre elles, Poussette (Heymet EX93), est sacrée meilleure mamelle adulte à Eurogénétique, avant d’être désignée Grande Championne au départemental et de prendre la route du nord vers le rassemblement à Le Quesnoy, avec Nicotine du Gaec de l’Espérance (12). Là-bas elles retrouvaient les Ricky, Sagano du Tombuy, Palmolive et autres consœurs exceptionnelles en vue de la confrontation à Bruxelles. « Au dernier moment, elle n’est pas montée dans le camion pour l’européen, car elle avait un peu trop de caractère. », sourit Jean-Paul.
Dans la même famille, Vendeuse (Lucent) était une habituée du départemental avec 6 participations, plusieurs médailles à son épaule, dont un premier prix dès 23 mois. Elle a fini meilleure laitière sur sa dernière participation en dépassant les 130 000 litres produits. « C’était une vache qui faisait 17 000 l en 305 jours, contrôlée à 69.3 l sur sa dernière lactation. En concours, c’était notre fille qui la présentait, mais on pouvait dire que c’était même la vache qui promenait notre fille, tellement elle se tenait toute seule. »
Enfin, Savoie (Gelpro), portée par le neveu de Jean-Paul, était allée briller à Farming Tour avant de prendre la direction de Lausanne (Suisse) pour gagner sa section lors de l’édition 2005, puis de rejoindre l’élevage de PH Déru.
A transmettre
Ces dernières années, l’élevage participe moins aux expositions, mais cela ne les empêche pas de placer la Grande Championne du département en 2021 (Nicotine), ou encore de décrocher un premier prix avec Nicotine (EX92) en 2023. « Faute de jeunes à la maison, on sort de moins en moins en concours, car je n’aime pas laisser mes vaches à la maison. On a un petit effectif, alors on fait tout notre possible pour s’occuper de notre troupeau. »
« Aujourd’hui j’ai 57 ans… on est plus sur la fin de carrière. On n’a pas fait de gros investissements ces dernières années, car nos enfants n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la reprise de la ferme. Si des jeunes sont intéressés, notre petite boutique est là ! Notre exploitation au niveau des chiffres est loin d’être ridicule, et on n’est pas bousculé par le travail. Oui, car iI n’y a pas forcément besoin de faire 1 million de litres de lait pour gagner sa croute. Notre système est souple, peu astreignant. A 8h30 le matin on est libre les jours d’astreintes. Alors, si c’était à refaire, on referait pareil ! »
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