100 ans de l’association : de la Seconde Guerre mondiale à la FFPN

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Suite de notre dossier consacré au 100 ans de l’association. Après un premier article sur les prémices de la Pie-noire en France et les premières années de l’association, poursuivons jusqu’au basculement vers la FFPN.

Bonne lecture, et merci à ceux qui ont contribué à ce premier travail d’histoire, notamment : Philippe Charrier (85), Jean-Luc Cucheval (56) et Geoffrey Mechekour (61).

Seconde Guerre

Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, les membres du Herd-Book se plaignent des réquisitions à des prix inférieurs aux cours. L’association demande que les animaux inscrits ne soient pas réquisitionnés sans le consentement des propriétaires, et que des mesures soient prises pour acheminer les animaux hors du théâtre des opérations militaires. Du fait de la guerre, les déplacements sont plus chers et difficiles. Assurer les missions du Herd-Book s’avère compliqué, d’autant que les charges flambent. Pas d’autres solutions : les cotisations vont augmenter !

Prosper LELEU

Tandis que pour les éleveurs, la guerre est souvent synonyme de réduction d’effectif (la faute aux coûts d’entretien), le rationnement s’impose sur la population. L’association parvient tout de même à survivre malgré la guerre, grâce à l’impulsion du président Prosper LELEU (depuis 1938 – Nord) et de Paul HAUTCOEUR, qui doit installer provisoirement les bureaux du Herd-Book à Pornichet (44) en 1940.

Avant le conflit, l’association comptait 834 membres pour un total de 18251 animaux enregistrés. Le contingent tombe à 9100 animaux en 1940.

Avec les moyens disponibles, l’intérêt de l’inscription au Herd-Book, bien que reconnu d’intérêt général par l’Etat, se cantonne jusqu’à maintenant pour le propriétaire à attester de l’origine de ses animaux, et pour l’acheteur de pouvoir supposer des chances d’un bon « à venir » de l’animal, dont il peut lire les références sur le document d’origine. Cependant sa production homogène et régulière, ses premières données de Contrôle Laitier, et sa facilité d’adaptation, aident au succès de la Hollandaise.

Carte n°3 – Aires d’Extension des races – M. Quittet – 1943 – Ministère de l’Agriculture : race Hollandaise en violet. Les autres races, comme la Normande (majoritaire) sont représentées sur les autres cartes.

Repeupler et améliorer

Au lendemain de la Guerre, il faut à nouveau reconstituer le cheptel national. Plus encore, il faut moderniser, augmenter la productivité et améliorer la qualité des étables (plan Monnet). Une commission nationale relève : qualité des cheptels inégale, productivité faible vis-à-vis d’autres pays (ex. en France moyenne à 2000 l par vache, contre 3500 l au Pays-Bas). Aussi, les méthodes d’élevage doivent évoluer et les produits laitiers gagner en qualité. La filière se réorganise, l’état investit, et les éleveurs se préparent au marché commun.

Déjà avant la Guerre, les élevages nourriciers du début du XXe siècle avaient disparu (producteurs qui avaient des étables en ville, mais n’élevaient pas les veaux, et n’assuraient pas toujours la reproduction), laissant la place aux élevages laitiers en périphérie des villes. Mais rapidement dans les années 50, les centres urbains ont de plus en plus besoin de lait. Les grandes usines de collecte entraînent alors autour d’elles la création de troupeaux laitiers.

Si la race peuple des fermes de Gironde et le long de la Garonne, en revanche le grand quart Nord-Est de la France, où se cantonne la majorité de l’effectif Pie-noire, garde les stigmates de la guerre. Le bétail que l’Allemagne devait fournir en compensation n’intéresse pas, car la zone occupée française ne contient que très peu de spécimens de la race. Face aux besoins, la France conçoit des accords commerciaux et souhaite importer des animaux des Pays-Bas pour compléter rapidement les effectifs et améliorer les cheptels. Une commission du Herd-Book est chargée de vérifier sur place la qualité et le prix du bétail, avant qu’il ne transite par wagon jusqu’en France, de peur que ne parviennent que des animaux dits « de commerce », ne pouvant être inscrits.

Premier siège à Cambrai (59)

Pour l’association, les bureaux se rassemblent à Cambrai (59). Le standard de la race se calque sur celui de la Frisonne : le type devient plus mixte, cubique. Les rangs gonflent, 1651 élevages adhèrent pour un peu moins de 25 000 animaux. Une belle progression due aux importations organisées par l’association. L’inspecteur Général de l’Agriculture, Edmond Quittet, estime l’effectif national à 840 000 têtes.

Les fermes, les pratiques, les structures se modernisent. Il en est de même pour le Herd-Book. Les livres de la race sont remplacés par des fiches (création du fichier de la race), les certificats de naissance sont photocopiés et les documents microfilmés 2 fois par an. On envisage même un projet de mécanisation avec la société IBM, grâce à des machines électro-comptables.

L’inscription au Livre s’effectue toujours en deux temps : inscription provisoire à la naissance, puis définitive après premier vêlage ou avant mise en service pour un taureau. La validation est donnée lors du passage de la Commission, composée d’un administrateur du département, d’un administrateur hors du département et du directeur des Services Agricoles.

Les règles d’entrée dans le livre généalogique se renforcent : enregistrements des naissances et de l’ascendance se durcissent (1945), l’animal doit avoir réagi à 2 épreuves de tuberculination ou avoir été vacciné tous les ans au BCG (1945), contrôle laitier obligatoire (1947), les seuls animaux nés de parents non-inscrits au livre généalogique pouvant entrer sont ceux en provenance des Pays-Bas bénéficiant d’une autorisation ministérielle (1949), refus d’inscrire les animaux nés d’IA de père américain (1952).

M. Boersma

Pour les tournées, un premier inspecteur est embauché le 1er janvier 1950, en remplacement de M. BOERSMA, inspecteur hollandais au service du Herd-Book Frison des Pays-Bas, qui depuis 1947 effectuait chaque année une tournée en France (sur son temps de vacances !). Bien que très estimé, il est jugé trop sévère par certains éleveurs français. Le nouvel inspecteur (français), Michel TAPON, effectue des tournées d’inscription à la demande des éleveurs.

Avec son arrivée, c’est un nouveau mode d’organisation qui est mis au banc d’essai. Son contrat d’un an n’est pas reconduit, faute aux charges excessives : zone géographique trop étendue et trop de personnes (4) présentes lors de la Commission. M. BOERSMA est finalement rappelé.

IA & testage

La première insémination artificielle bovine a été réalisée en 1937 par Etienne LETARD (vétérinaire). Les premières coopératives d’IA voient le jour à partir de 1946. Elles permettent notamment aux éleveurs d’unir leurs forces pour l’achat de géniteurs de grande classe, souvent très chers. L’introduction d’un taureau dans un centre (CIA) nécessite de présenter à une commission ad hoc l’animal qui est alors jugé sur sa morphologie, ainsi qu’un lot de descendants eux aussi jugés sur leur morphologie. C’est le début du testage (1951).

Le développement de l’insémination artificielle réduit l’intérêt d’élever des taurillons et leur commercialisation. Mais il facilite l’expansion de la race notamment grâce à la marque dominante qu’elle imprime à la 3e ou 4e génération, ressemblant fortement à des sujets de race pure.

En 1967, la FFPN devient la première race en IA réalisée (26% du total des IA en France). Au total, 600 taureaux sont disponibles dans les CIA.

Vers la Française Frisonne Pie Noire

logo FFPN

En 1951, et pour 20 ans, Mademoiselle Madeleine HAUTCOEUR, fille de Paul, prend la direction du Herd-Book qui regroupe 3 065 élevages dans 58 départements et plus de 80 000 animaux inscrits. Très maternelle avec tous les employés, elle devient l’âme du Herd-Book.

La race change de nom l’année suivante et devient « Française Frisonne Pie Noire », après de nombreuses discussions internes et certaines oppositions à l’extérieur du Herd-Book. Le terme de « Hollandaise » est en cause, il nuit aux exportations, car les acheteurs estiment que les animaux peuvent être achetés directement aux Pays-Bas. On rénove le logo de l’association, et malgré ce qui vient d’être évoqué, les bandes tricolores s’horizontalisent. Anecdote, l’appellation « Française Pie Noire » est d’abord proposée mais refusée par le Ministère de l’Agriculture, en raison de l’existence de la « Bretonne Pie Noire ». L’ajout de « Frisonne » dans le nom règle le problème. 70 d’entre elles concourent à Paris cette année-là.

Léon BOUFFLERD

En 1953, Léon BOUFFLERD (souvenez-vous, le propriétaire de Formidable dans notre premier article) prend la présidence de l’association. La même année, Johannes ZEINSTRA, inspecteur néerlandais, est recruté sur recommandations du Herd-Book Frison. Il se déplace soit lors de la Commission, soit seul quand il s’agit du pointage. Il est le principal ambassadeur auprès des éleveurs pour promouvoir le modèle frison : style cubique assumé et un lait riche en matière grasse, tel que conseillé par le professeur André LEROY de l’INRA. Il est rejoint cinq ans plus tard par un second inspecteur, Jacques HOUGUET. Suivent Jean COTTINEAU en 1962, Jean-Marie BILBAUT et Luc FRADCOURT en 1963, Jean-Pierre HERLIN en 1964, puis Jean-Luc CUCHEVAL et Jean-Charles LOIGNON en 1965, et enfin Jean-Pierre BRICOUT et Daniel GOFFIN à la fin des années 70. Ils accompagnent l’expansion de l’association. Le reste de l’équipe est essentiellement constitué de dactylos.

Johannes Zeinstra en démonstration de pointage

Dans un souci d’améliorer les fermes et les pratiques d’élevages, l’association partage au travers de sa revue, les derniers articles parus dans les magazines internationaux et les résumés de conférences. Elle organise même pour la première fois en 1954 des cours de pointage donnés en ferme à destination des enfants des membres. Grâce à l’intervention de nombreux spécialistes, ces journées permettent d’aborder également la génétique, l’alimentation, les maladies infectieuses, les marchés économiques… A visée pédagogique, ces cours sont très appréciés en haut lieu, et perdureront pendant plusieurs années.

cours de pointage

En contrepartie, pour faciliter la tenue du fichier racial, il est demandé aux éleveurs de retourner au Herd-Book la liste des animaux en leur possession au 1er janvier, avec les certificats de disparition ou de vente d’animaux.

Le type de plus en plus mixte de la Pie-Noire fait reculer doucement la race Flamande, au format plus grand et moins bien conformé. Malgré tout, pour la viande, les bouchers estiment que la race manque encore de format – ce qui lui vaudra dans ces années d’être également attaquée sur le poids de ses carcasses – bien qu’elle produise des veaux de très bonne qualité. Malgré tout, la race continue son expansion et l’association son développement.

illustration du type recherché dans les années 50-60

Suite de ce dossier consacré aux 100 ans de l’association dans quelques jours ou à découvrir dans votre magazine.